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Cela va faire une vingtaine d’années que notre association, Sequana, s’attache à sauvegarder et restaurer les embarcations du Canotage. A ce jour la flottille associative compte une trentaine d’unités de tailles et de natures différentes. Construits à l’unité tous les bateaux sont différents, lorsque l’un des ces bateaux disparaît, il disparaît à jamais sans laisser de traces, tout au plus quelques rares photos.
C'est un patrimoine dont il faut garder la mémoire
Il y a maintenant quelques années nous avons mis au point un « Yolomètre » destiné à relever les formes que nous voulons enregistrer. L’engin est constitué de deux tiges filetées disposées à l’équerre et d’un mètre à ruban, les relevés sont exploités sur un logiciel concocté par notre Président Christophe Dirlik, il est en ligne sous le nom d’Herminette.com.

Faire un relevé de formes est un travail relativement long et nous ne sommes pas au bout de nos peines. Stocker toutes les informations concernant nos bateaux répond à une première urgence mais très vite la nécessité s’impose de les rendre accessibles au public.
Trouver un support informatique accessible au public
Lors des journées de Brest en juillet 2008, Madame Herveline Delhumeau, Ingénieur responsable du patrimoine maritime et fluvial au Ministère de la Culture et de la Communication, nous informe de l’existence d’un programme national de numérisation.

La numérisation du patrimoine culturel s’inscrit dans les objectifs retenus par la Commission européenne de construction d’une bibliothèque numérique européenne « Europeana », point d’accès multilingue à tous les contenus culturels du patrimoine et de la création contemporaine. L’objectif est clair : «- La numérisation est un moyen d’accès privilégié de la culture pour un grand nombre de nos concitoyens. Elle démultiplie l’accès au patrimoine et à la création contemporaine dans une dynamique de démocratisation culturelle et de transmission des savoirs ». La démarche correspond à notre objectif et nous décidons de nous porter candidat.
Un projet en collaboration
Nous proposons à Anne Galloyer Conservateur du musée Fournaise qui se trouve à cent mètres de notre atelier, de s’associer avec nous pour monter un dossier solide et pertinent. Il devait l’être car nous recevons la confirmation que notre candidature est retenue.
Aussitôt un certain nombre de réunions sont organisées pour mettre au point les formats informatiques ainsi que la façon de documenter les rubriques de la base de données utilisée sur le portail Joconde. Mathilde Huet de la direction des musées de France nous initie au langage des inventaires et à l’utilisation des mots clés. Cette aide est précieuse car elle nous évite de partir sur de mauvaises pistes.

Tout passe par la photographie.
Qui dit numérisation dit photographie, la chance veut que notre association compte dans ses rangs un photographe professionnel de talent en la personne de Vincent de la Faille. Amateur de jolis bateaux il passe de l’objectif au rabot avec la même dextérité.
Nous commençons par photographier les documents du musée, soit environ trois cents pièces, puis vient le tour des bateaux. Nous en avons retenus 32 sur les 38 de notre flotte. La ville de Chatou nous prête un gymnase qui va faire office de studio. Tour à tour chaque bateau est installé sur des supports pour être photographié sous différents angles. Au bout de trois jours tout est sur le disque dur et l’équipe chargée de documenter l’inventaire prend la suite. Cette équipe a pour mission de décrire tous les éléments constitutifs des bateaux dans les moindres détails, nature, matériaux, état.
A l’issue de ce travail il nous restera à installer tout cela sur le site du musée et celui de l’association.

Un patrimoine vivant
Notre objectif est double d’une part pérenniser l’avenir de notre collection, d’autre part la faire vivre, la rendre accessible et visible. Pour notre association cette campagne de numérisation est un premier pas vers la prise en charge de notre collection par la ville de Chatou. Cette prise en charge sera accompagnée de travaux –subventionnés par la ville- dans notre garage à bateaux, pour que le public puisse les voir dans des conditions satisfaisantes.
Un bateau ne se justifie que sur l’eau il faut donc le maintenir dans un état lui permettant de naviguer et des démonstrations sur l’eau ont lieu chaque mois. La collaboration avec le musée Fournaise nous permet de participer à ses missions : discours scientifique, études, animations pédagogiques… Pour autant notre objectif reste le même, sauver, restaurer et faire naviguer les bateaux du Canotage qui ont fréquenté notre région, il reste bien du travail !

Un choix pour l’avenir
Nous travaillons pour la valorisation d’un patrimoine qui peut rejoindre les cimetières marins en fournissant les nouvelles épaves de demain, ou alors, et c’est notre alternative, il est susceptible de venir enrichir les collections des musées existants dont la mission est de sauvegarder et de montrer au public les composantes essentielles de notre patrimoine artistique et technique. C’est le choix que nous avons fait.
François Casalis |